EYES : Quelles sont les préoccupations politiques des jeunes Américains ?
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EYES : Quelles sont les préoccupations politiques des jeunes Américains ?

Recommandations

Points clés concernant les perceptions des jeunes Américains (18-24 ans) :

  • Ils se montrent très critiques à l’égard des médias traditionnels et ne les perçoivent pas comme une source fiable d’informations.
  • Ils sont préoccupés par les fake news, une expression qu’ils associent 10 fois plus aux médias traditionnels qu’aux réseaux sociaux.
  • Ils sont extrêmement conscients des dangers que représentent les réseaux sociaux pour la santé mentale.
  • Ils ne s’expriment pas particulièrement sur le sujet des GAFA.
  • Ils discutent davantage des questions de sécurité à l’étranger que des événements qui se produisent à l’intérieur du pays.
  • Ils ressentent de la défiance à l’égard du monde de l’entreprise.

Recommandations :

Bien que les jeunes Américains manifestent moins de méfiance à l’égard du monde du travail que d’autres nationalités, ils semblent ressentir un niveau similaire de méfiance vis-à-vis du monde de l’entreprise. Ce sujet mériterait d’être traité à l’échelle nationale et internationale par la réalisation d’un important travail d’enquête portant sur les paradigmes mêmes de la relation légale et contractuelle entre les employés et les entreprises, ainsi que sur les attitudes à l’égard du travail.

Cette note rassemble et approfondit les données étasuniennes du rapport EYES 2021 (Emergy Youth Early Signs) sur les préoccupations émergentes des 18-24 ans de cinq nationalités : brésilienne, chinoise, étasunienne, française et sud-africaine.

Pour mémoire, le rapport EYES 2021 publié en février 2022 analyse les perceptions des 18-24 ans issus des cinq pays d’implantation de SKEMA Business School, sur cinq sujets politiques priorisés lors des entretiens de début d’étude : les médias traditionnels et la presse, les réseaux sociaux, la sécurité, les nouvelles technologies et le monde du travail. Le rapport s’est notamment nourri d’entretiens qualitatifs menés auprès de 36 étudiants de SKEMA Business School ainsi que d’une veille exercée sur le réseau social Twitter entre juillet 2020 et juin 2021. La méthodologie complète du projet est à retrouver en annexe du rapport EYES 2021.

Des jeunes Etasuniens engagés au sujet des médias traditionnels et des réseaux sociaux

Twitter est un réseau social populaire aux États-Unis, pays comptant le plus d’utilisateurs de Twitter dans le monde, avec 73 millions d’utilisateurs (Statista, juillet 2021). De plus, l’ensemble des données collectées pour l’étude EYES révèle que Twitter est un outil populaire d’expression des jeunes. Ces derniers représentent en moyenne près de 19 % des utilisateurs du pays s’étant exprimés sur l’une des cinq thématiques que nous avons retenues.

Part des 18-24 ans dans la conversation nationale, par thématique. Lecture : les jeunes représentent 20,3 % de l’ensemble des utilisateurs étasuniens ayant tweeté au sujet des réseaux sociaux. Source : Antidox.

Les jeunes Etasuniens abordent davantage les sujets traitant des médias, de la presse et des réseaux sociaux. Durant l’année concernée par notre étude, 1,3 million de jeunes ont mentionné les médias et la presse sur Twitter. Ils représentent 19,4 % du total des utilisateurs prenant part à la conversation en ligne. Les réseaux sociaux sont également un objet de préoccupation, avec près de 630 000 jeunes, soit 20,3 % des utilisateurs exprimant leur opinion à ce sujet. L’engagement baisse drastiquement en ce qui concerne le thème de la sécurité, avec moins de 377 000 jeunes, soit 16,4 % des personnes participant à la conversation en ligne. Les jeunes Etasuniens manifestent un intérêt timide pour les nouvelles technologies et le monde du travail, avec respectivement seulement 9 400 et 1 500 des 18-24 ans qui expriment leur opinion à ce sujet. Ils représentent 14,4 %, et 11 % des conversations respectives à l’échelle nationale.

Nombre de tweets et nombre de jeunes Etasuniens analysés du 1er juillet 2020 au 30 juin 2021.

Médias traditionnels et presse : un regard très critique

Les jeunes Etasuniens sont ainsi ceux qui s’expriment le plus sur les médias traditionnels et sur la presse, en nombre de tweets ainsi qu’en part des jeunes dans la conversation en ligne. Au cours de la période étudiée, le président Donald Trump alors au pouvoir a entretenu des relations difficiles avec les médias traditionnels et dénoncé leur partialité. Conséquence ou non de cet état de fait, nous constatons ainsi une nette tendance au dénigrement des sources d’information traditionnelles parmi les jeunes.

Le sentiment négatif des 18-24 ans à l’égard des termes « médias » et « informations » est l’un des plus forts : plus de la moitié des tweets contenant ces deux mots ont une connotation négative. Les questions de confiance, de crédibilité et de fiabilité des médias traditionnels sont l’objet de nombreuses discussions aux États-Unis, avec 256 000 tweets concernés.

Les jeunes ont également tendance à mentionner l’État et le gouvernement : plus de 1,1 million de tweets associent ces expressions aux médias ou à la presse. Il s’agit de la première association de mots parmi notre sélection de mots-clés.

L’expression « fake news » est également largement utilisée pour évoquer les médias et la presse, puisqu’on la recense dans 671 400 tweets. Il s’agit de la deuxième expression la plus récurrente sur la thématqiue. L’association des termes « médias » et « manipulation » génère quant à elle 35 400 tweets (entre le 1er mai 2020 et le 30 avril 2021). De plus, #fakenews et #fakenewsmedia sont des hashtags populaires associés aux médias et à la presse. Les tweets associent 10,5 fois plus souvent l’expression « fake news » aux « médias/presse » qu’aux « réseaux sociaux ».

Un certain malaise à l’égard du numérique et des réseaux sociaux

Même s’ils critiquent les médias traditionnels, les jeunes Etasuniens restent lucides quant à la fiabilité des informations accessibles sur les réseaux sociaux. En effet, un sentiment négatif fort émerge de l’association des expressions « réseaux sociaux » et « informations » (42,4 % des tweets), mais il demeure moins fort que l’association de ces expressions avec les médias traditionnels.

Par ailleurs, les réseaux sont volontiers utilisés pour l’action collective et l’activisme, avec un fort tropisme sur les sujets politiques. Dans ce cadre, les jeunes les associent aux expressions « changement », « agir » et « avenir » dans 196 600 tweets. Parmi les 10 hashtags les plus utilisés dans le cadre de cette thématique, on retrouve : #EndSARS, #SaveSheikhJarrah, #WhatsHappeningInMyanmar, #CapitolRiots et #DCRiots, qui font tous référence à des événements politiques majeurs aux États-Unis et à l’étranger.

Cependant, les 18-24 ans semblent plus prudents quant aux conséquences des réseaux sociaux sur l’image de soi et la santé mentale. L’étude relève un volume significatif de conversations associant les expressions « confiance en soi », « estime de soi » et « image de soi ». Le terme « bodyshaming » est recensé dans 52 200 tweets et est principalement utilisé par les femmes (60,2 % – entre le 1er mai 2020 et le 30 avril 2021). Bien que plus anecdotique en termes d’occurrences, le hashtag #DigitalDetox illustre la prise de conscience du caractère addictif des réseaux. Il revendique une démarche de désintoxication numérique à visée curative, qui traduit la montée en puissance chez les 18-24 ans d’un certain malaise à l’égard du numérique et des réseaux sociaux.

Sentiments des tweets publiés par les jeunes Etasuniens.
Pour une meilleure lisibilité, le graphique ne montre pas les tweets jugés comme neutre (pourcentage restant pour arriver à 100, une fois les sentiments positif et négatif soustraits). Se référer à l’annexe méthodologique pour plus d’informations. Source : Antidox.

Sécurité : les jeunes Etasuniens sont-il tournés vers l’international ?

La sécurité sur le territoire national ne semble pas être la seule préoccupation des jeunes. En effet, le classement des hashtags les plus populaires indique qu’ils réagissent davantage aux événements qui se déroulent à l’extérieur de leur propre territoire.

Huit des dix hashtags les plus utilisés font référence à des événements qui se sont déroulés à l’extérieur des frontières étasuniennes : #WhatsHappeninginMyanmar (825 500 occurrences), #Myanmar (541 200), #MilkTeaAlliance (468 200), #EndSARS (86 300), #AntiFascistRevolution2021 (48 900), #May2Coup (27 000) et #April19Coup (22 300). Le volume de ces discussions représente près d’un quart de l’ensemble des tweets des 18-24 ans ayant trait à la sécurité. En comparaison, les hashtags liés aux émeutes pro-Trump et à l’assaut du Capitole, #AnatomyofCapitolAttack (12 700), #CapitolRiots (6 100) ou #SeditionHunters (7 300) ne représentent que 0,16 % du volume de tweets, et ce bien que les événements aient entraîné une hausse considérable du volume de messages associés à la sécurité en janvier 2021.

Ces observations sont-elles le reflet d’un intérêt grandissant des jeunesses pour ce qui se passe à l’extérieur de leurs frontières ? La nature hautement politique des hashtags susmentionnés ne témoigne-t-elle pas plutôt d’un certain militantisme performatif à l’instar de la viralité éphémère de #BlackLivesMatter au printemps 2020 ? Ne pourrait-on pas imaginer que plus l’événement est éloigné du territoire, plus il paraît inquiétant, car non contrôlé/contrôlable ?

Des avis mitigés quant à l’intelligence artificielle

Les conversations autour de l’IA utilisent un vocabulaire technique, comme en témoignent les hashtags les plus populaires : #MachineLearning (3position), #DataScience (4e), #100DaysOfCode (5e), #DeepLearning (6e), #Python (7e), #IoT (Internet of Things, 8e), #BigData (9e) et #NLP (Natural Language Processing, 10e). L’opinion générale liée à l’intelligence artificielle est mitigée, avec près de 20 % de tweets négatifs contre 15,5 % de tweets positifs.

Les GAFA : une préoccupation mineure ?

Durant toute la période de l’étude, seuls 4 300 tweets mentionnent les GAFA. Les avis à leur égard semblent plutôt négatifs. Pourtant, les jeunes Etasuniens ne semblent pas inquiets par la puissance et l’omniprésence des GAFA. Par exemple, tandis que les jeunes Français ont profité du fait que Donald Trump soit banni de Twitter pour discuter de la liberté d’expression et du pouvoir de censure des plateformes de réseaux sociaux, il n’en a rien été pour les jeunes Etasuniens. Dans les tweets contenant l’expression « GAFA », les hashtags #Trump et #TrumBanned ne figurent pas parmi les 10 hashtags les plus utilisés aux États-Unis dans cette thématique, alors qu’ils figurent tous deux dans le classement français.

Défiance à l’égard du monde de l’entreprise

Le monde du travail est perçu de manière positive par la jeunesse étasunienne, avec 35,2 % de tweets positifs, contre 22 % de tweets négatifs. Néanmoins, les tweets les plus engageants à ce sujet mentionnent les difficultés éprouvées par les minorités. De plus, nombreux sont ceux qui évoquent le changement et l’avenir : #FutureofWork est le premier hashtag de la thématique. Les expressions utilisées par la génération Z sur Twitter soulignent une aspiration à plus d’inclusivité et d’équité dans le monde du travail. Les jeunes s’intéressent également aux questions de développement durable, ainsi que de responsabilité sociétale et environnementale.

En revanche, les jeunes Etasuniens perçoivent le monde de l’entreprise sous un angle négatif. Près de la moitié des tweets contenant le mot « entreprises » sont à connotation négative. Ce sentiment de défiance semble international et non spécifique aux États-Unis. Cette tendance se retrouve auprès des jeunes Brésiliens, Français et Sud-africains. Notre analyse, La jeunesse au travail : défiance vis-à-vis de l’entreprise et demande politique détaille les raisons d’une telle méfiance unanime à l’échelle internationale.