La crise du système de santé français
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La crise du système de santé français

Quelles pistes pour en sortir ?

Contexte

Dans cet épisode « dialogues », Sean Scull de SKEMA Publika, reçoit deux chercheurs de SKEMA Business School :

Benjamin Legros, professeur d’Operations Management, auteur du policy paper « Comment désengorger les urgences ? », qui explore l’optimisation des flux, le pilotage en temps réel et la refonte du parcours patient.

Benjamin Montmartin, professeur d’économétrie et directeur de la Chaire Prévention et Accès aux soins, auteur du policy paper « Lutte contre les déserts médicaux », qui décrypte les inégalités territoriales et interroge la régulation de l’installation des médecins libéraux.

Avec les témoignages de :

  • Jean Dellamonica, Doyen de la faculté de médecine de Nice et Professeur de Médecine intensive et Réanimation.
  • Mathieu Raux, PU-PH anesthésiste-réanimateur (Hôpital Pitié-Salpêtrière)
  • Thomas Botrel, anesthésiste-Réanimateur (Hôpital Pitié-Salpêtrière), Ingénieur des Arts et Métiers et Doctorant en Santé Publique et Management des Opérations.
  • Pierre-Alexis Gauci, Gynécologue obstétricien (CHU Nice).

La dimension plurifactorielle de la crise du système de santé français

Dans cet entretien, les intervenants abordent l’engorgement des urgences comme une des sources de la crise du système de santé en France. Ils abordent notamment comment les modèles mathématiques peuvent être utilisés pour optimiser la gestion des files d’attente dans les services d’urgence, en tenant compte de facteurs humains et organisationnels. En outre, les intervenants traitent de l’évolution de la désertification médicale comme une des racines d’une difficulté d’accès aux soins pour la population française. La discussion évoque aussi l’organisation de la médecine libérale en France et l’efficacité des politiques de régulation ainsi que des politiques incitatives pour lutter contre les déserts médicaux.

La congestion des urgences : l’enjeu du flux, de la désorganisation et des conditions de travail

La discussion soulève que la congestion des urgences serait liée à une problématique de l’afflux inadapté aux urgences. Ces dernières font face à un problème d’afflux excessif, où une part significative des personnes se rend aux urgences alors que leur situation ne le justifie pas forcément. Cette mauvaise orientation des patients contribue directement à la saturation des établissements, rendant plus complexe la prise en charge des cas véritablement urgents et accentuant ainsi les difficultés organisationnelles rencontrées au sein du système hospitalier.

La congestion des urgences serait aussi liée à une organisation imparfaite en lien avec un problème de désarticulation du parcours de soins. Une forte pression survient lorsque les dysfonctionnements se manifestent à la fois en amont et en aval du parcours de soins. En amont, la difficulté à obtenir rapidement une consultation médicale pousse certains patients à se tourner vers les urgences, même lorsque leur situation ne relève pas d’une urgence réelle. En aval, lorsque les patients nécessitant une hospitalisation ne trouvent pas de lit disponible assez vite, la prise en charge au sein des urgences se complique davantage.

Enfin, la discussion traite également de la désorganisation aux urgences et des difficiles conditions de travail du personnel.

Un lien entre la médecine libérale et l’engorgement des services d’urgences

Le lien étroit existant entre la médecine de ville et la médecine hospitalière est également abordé. En effet, une baisse de la densité des médecins libéraux augmente l’activité des services d’urgence Ainsi, lorsque l’accès à la médecine de ville se dégrade, une partie de la demande de soins se reporte mécaniquement vers l’hôpital. Les urgences deviennent alors, pour un nombre croissant de patients, non pas nécessairement le lieu le plus approprié, mais le lieu effectivement accessible. Par conséquent, la saturation des urgences ne peut pas être analysée indépendamment de la contraction de l’offre ambulatoire.

Ainsi, le constat souvent fait par les urgentistes selon lequel une part non négligeable des arrivées aux urgences ne relève pas de l’urgence vitale doit être reformulé avec précision : il ne s’agit pas seulement d’une « mauvaise orientation » des patients, mais aussi d’une défaillance croissante de la médecine de ville à absorber une partie de la demande de soins non programmés. Cela explique qu’une politique de désengorgement des urgences ne puisse pas reposer uniquement sur l’hôpital lui-même : elle suppose aussi de restaurer des capacités effectives en médecine de ville, en particulier sur les territoires où l’accès rapide à un généraliste ou à un pédiatre est devenu le plus difficile.

L’installation obligatoire et l’installation régulée des médecins libéraux

Le sujet des politiques publiques basées sur le volontariat ou l’installation régulée est sensible. Malgré la multiplication des dispositifs incitatifs pour attirer les médecins libéraux dans les zones sous-dotées depuis plus de vingt ans, les inégalités territoriales d’accès aux soins restent fortes et, pour de nombreuses spécialités, s’aggravent encore. L’efficacité limitée des mesures actuelles s’explique en partie par le fait qu’elles ne jouent pas sur les premiers facteurs du choix d’installation. Cela invite à ne pas sacraliser la liberté d’installation comme principe d’organisation et à ouvrir le débat sur l’installation régulée des médecins libéraux. D’autres professions de santé libérales font déjà l’objet de règles de conventionnement territorial plus contraignantes, notamment les chirurgiens-dentistes et les sages-femmes dans les zones surdotées.

Le débat sur le transfert de compétences

Une autre piste importante soulevée durant l’entretien est celle du transfert de compétences entre professionnels de santé. L’enjeu n’est pas de substituer d’autres professions aux médecins, mais d’organiser plus efficacement la prise en charge en confiant certains actes standardisés ou certains suivis à des professionnels formés, dans un cadre sécurisé et coordonné. Ce type d’organisation pourrait améliorer l’accès aux soins, en particulier dans les zones où la ressource médicale est rare, à condition que le transfert de compétence s’accompagne de protocoles clairs, de formations adaptées et d’un véritable travail en équipe. En France, cette logique progresse déjà à travers les protocoles de coopération, la pratique avancée infirmière ou l’élargissement des missions des pharmaciens et des sages Le transfert de compétences ne constitue donc pas une solution miracle, mais il apparaît comme un levier pragmatique pour desserrer la contrainte médicale et améliorer l’accès aux soins, notamment dans les territoires les plus fragiles.

Chapitres 

3min20 – 5 min 09 : Jean Dellamonica : la congestion dans les services d’urgences est une des causes de la crise du système de santé en France.

5 min 23 – 6min 48 : Benjamin Legros : Les urgences font face à un afflux de patients qui ne devraient pas s’y trouver.

7 min 06 – 9min 25 : Thomas Botrel : La désorganisation de l’hôpital à un impact sur la qualité des soins.

9min 26 – 10min 55 : Mathieu Raux : La congestion des urgences vient mettre en péril le fonctionnement de l’hôpital. 

10min 56 – 12min 27 : Les pistes de Benjamin Legros pour désengorger les urgences.

12min 30 – 14 min 27 : Mathieu Raux : une des causes de la congestion des urgences sont les mauvaises conditions de travail du personnel.

14 min 28 – 19 min 53 : Benjamin Legros : Pour améliorer le fonctionnement des urgences, il faut mieux utiliser les ressources existantes.

19min 54 – 23min 27: Les solutions pragmatiques de Thomas Botrel pour fluidifier les urgences.

23min28 – 26min 42 : Benjamin Montmartin : il existe un lien entre les déserts médicaux et la congestion des urgences.

26 min 42 – 30min30 : Jean Dellamonica : Pour lutter contre la congestion hospitalière il faudrait redéfinir le rôle des médecins libéraux.

30min 31 – 38min 26 : Benjamin Montmartin : les politiques publiques d’installation des médecins libéraux influent sur les déserts médicaux.

38min 28 – 44min 00 : Pierre-Alexis Gauci : Pour réduire les déserts médicaux il faut sortir de la logique binaire incitation-contrainte.

44min01 – 48 min 50 : Benjamin Montmartin : la régulation de l’installation des médecins libéraux est un débat sensible mais nécessaire.

48 min 51 – 52 min 08 : Pierre-Alexis Gauci : il faudrait créer un observatoire pour mieux cartographier les praticiens de santé et leurs pratiques.

52 min 08 – 55 min 12 : Jean Dellamonica et l’impact de la réforme du numérus clausus.

55min 14 – 58min 01 : Les 3 pistes de Benjamin Legros pour sortir de la crise du système de santé français.

58 min 06 – 1 h 02 min 15s : Les 3 pistes de Benjamin Montmartin pour sortir de la crise du système de santé français.

L’entretien complet