La prise de décision en période d’incertitude
INCERTITUDES - Influences, géopolitique, numérique, risques

La prise de décision en période d’incertitude

Comment naviguer dans un monde en transformation ?

Intelligence économique : décider et anticiper en période d’incertitude

Face à une incertitude qui serait devenue systémique dans nos sociétés et qui incarnerait aujourd’hui le cadre de la prise de décision, nous pensons qu’il est essentiel pour les décideurs de développer une aptitude à décider et à anticiper. Ce policy paper revient sur le rôle que joue l’intelligence économique, qui consiste à collecter, analyser, protéger et exploiter l’information stratégique pour renforcer la compétitivité, la sécurité et la capacité d’influence d’une organisation. Or, en considérant ce nouveau cadre rythmé par l’incertitude, l’approche traditionnelle de l’intelligence économique montre des limites. Ainsi, ce policy paper ambitionne de mettre en lumière les limites du modèle traditionnel d’intelligence économique et du besoin de l’adapter aux enjeux contemporains. Il s’agit de clarifier l’évolution d’une intelligence économique de collecte d’informations à une intelligence économique de pilotage stratégique en incertitude.

Qu’est-ce que l’intelligence économique ?

Le rôle de l’intelligence économique, consiste à collecter, analyser, protéger et exploiter l’information stratégique pour renforcer la compétitivité, la sécurité et la capacité d’influence d’une organisation. L’intelligence économique est une approche holistique utile à la prise de décision, à l’engagement et à la conduite de l’action d’une organisation dans un univers compétitif. Le modèle classique de l’intelligence économique s’appuie sur la veille, la protection de l’information et l’influence.

La veille stratégique, consiste en une surveillance active et continue de l’environnement de l’entreprise, tant dans ses dimensions technologiques, concurrentiel ou réglementaire. Elle mobilise des sources variées afin de détecter des signaux faibles et d’anticiper les évolutions du marché.

La protection de l’information vise à sécuriser les actifs stratégiques de l’entreprise face aux menaces internes et externes. Elle recouvre des enjeux variés tels que la cybersécurité, la protection de la propriété intellectuelle ou encore la prévention de l’espionnage économique.

Les stratégies d’influence consistent à orienter l’environnement de l’entreprise en participant activement aux processus législatif, normatif et de décision publique.

Pourquoi le modèle traditionnel d’IE atteint ses limites dans un monde en reconfiguration ?

Aujourd’hui nous vivons une transformation de l’ordre international né au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, qui était établi sur le multilatéralisme et le droit pour réguler les relations entre États. En effet, le XXIᵉ siècle s’est ouvert sur l’émergence de plusieurs crises (la crise économique de 2008, terrorisme, guerre en Ukraine et en Iran etc.) dont les effets ont durablement marqué les sociétés occidentales. A ces crises s’ajoute le bouleversement politique avec l’arrivée de Donald Trump au pouvoir en 2016 qui a accéléré le retrait américain de l’Europe pour se concentrer sur des problématiques intérieures et contrecarrer la Chine. À ces tensions géopolitiques, s’ajoutent des changements environnementaux, technologiques et sociétaux qui se renforcent et perturbent les équilibres établis. La pandémie mondiale de la Covid-19 a aussi mis les sociétés à l’épreuve avec de nouveaux défis d’ordres sanitaire, psychologique et d’organisation du travail. De plus, le début des années 2020 est marqué par l’avènement de l’Intelligence artificielle (IA) qui bouleverse les relations au travail et au savoir. La concurrence pour les ressources naturelles, l’aggravation des inégalités avec la hausse des coûts des matières premières et le déclin de la confiance dans les institutions sont d’autres facteurs illustrant la transformation de notre époque. Ainsi, tous ces bouleversements révèlent une nouvelle réalité, l’omniprésence de l’incertitude.

Par conséquent, l’intelligence économique a besoin d’être repensée à l’ère du numérique et de l’IA. Face à l’accélération technologique, l’avènement de l’IA et à l’instabilité géopolitique, l’approche traditionnelle de l’intelligence économique montre des limites. Ce policy paper, a pour ambitionde mettre en lumière ces limites du modèle traditionnel d’intelligence économique et le besoin de l’adapter aux enjeux contemporains. Il s’agit de clarifier le passage d’une intelligence économique de collecte d’informations à une intelligence économiquede pilotage stratégique en contexte d’incertitude.

De la maîtrise de l’information à la décision en incertitude

Dans un environnement marqué par une incertitude devenue structurelle, l’enjeu pour les organisations n’est plus uniquement de collecter davantage d’informations, mais de produire une connaissance exploitable capable d’éclairer l’action. Dès lors, les dispositifs d’intelligence stratégique doivent évoluer vers des approches capables d’articuler détection des signaux faibles, contextualisation des données et anticipation stratégique.

L’IA comme levier d’une intelligence économique augmentée

L’arrivée de l’IA, en permettant de tirer parti de la masse d’informations disponible, élargit et approfondit les capacités d’analyse nécessaires pour comprendre, anticiper et décider dans un monde VUCA (volatile, incertain, complexe et ambigu). En automatisant la collecte de données, la détection de schémas et la prévision des tendances, l’IA permet une prise de décision plus rapide et plus éclairée. Les entreprises qui l’utilisent efficacement ne se contentent pas de réagir plus rapidement, elles anticipent aussi plus précisément.

L’indisciplinarité comme réponse à l’incertitude

L’indisciplinarité pourrait incarner une approche complémentaire pour repenser un intelligence économique capable de naviguer en période d’incertitude. Contrairement à l’interdisciplinarité, qui combine les conclusions de plusieurs disciplines, l’indisciplinarité considère un objet sous l’angle de plusieurs disciplines utilisées simultanément en croisant les perspectives. Elle se démarque par sa capacité à questionner les dogmes ainsi que son refus de soumettre l’étude d’un phénomène à une discipline ou à une méthodologie unique qui ne permettrait pas de comprendre sa complexité. L’indisciplinarité refuse les cloisonnements intellectuels à l’heure d’enjeux qui dépassent les cadres disciplinaires. Ainsi, elle a vocation à sortir du conditionnement que pourrait exercer une discipline sur la créativité et in fine la production du savoir. Cette approche paraît pertinente face aux défis contemporains qui, dans des sociétés mondialisées, sont par essence transdisciplinaires et transnationaux.

Les 6 recommandations du policy paper pour les décideurs

1. Repenser l’intelligence économique comme une capacité d’anticipation stratégique

L’intelligence économique ne devrait plus se limiter à l’observation de l’environnement. Elle devrait devenir une capacité d’anticipation permettant de détecter les signaux faibles, de structurer les informations disponibles et d’éclairer la décision dans des environnements incertains. Cette évolution suppose de dépasser la veille classique pour construire une compréhension dynamique de l’environnement stratégique.

2. Développer une intelligence économique augmentée par l’intelligence artificielle

Les organisations devraient s’appuyer sur l’IA pour exploiter des données massives et hétérogènes, identifier des corrélations complexes et détecter plus précocement les ruptures potentielles. L’enjeu n’est pas de déléguer la décision à la machine, mais d’utiliser l’IA comme un outil d’aide à l’interprétation, capable d’orienter l’attention humaine vers les informations les plus pertinentes.

3. Construire des scénarios stratégiques et les traduire en options d’action

Face à l’incertitude, l’intelligence économique devrait permettre d’explorer plusieurs futurs possibles plutôt que de chercher à prédire un avenir unique. Ces scénarios devraient être associés à des options d’action concrètes, activables rapidement en cas de crise, de rupture technologique, de choc géopolitique ou de perturbation des chaînes de valeur.

4. Mettre en place des boucles décisionnelles courtes entre veille, analyse et action

La performance de l’intelligence économique dépend de sa capacité à transformer rapidement l’information en décision. Les organisations pourraient donc raccourcir les circuits entre les équipes IE, les directions stratégiques et les fonctions opérationnelles, afin de tester des hypothèses, ajuster les décisions et adapter les actions en continu.

5. Structurer une gouvernance transverse et pluridisciplinaire de l’intelligence économique

L’intelligence économique devrait être organisée comme une fonction transversale, associant experts, décideurs, opérationnels et profils issus de disciplines variées. Cette gouvernance permet de limiter les effets de silos, de croiser les perspectives et de mieux interpréter les signaux faibles. Elle peut s’appuyer sur un réseau de référents IE au sein des directions métiers afin d’ancrer l’anticipation au plus près du terrain.

6. Renforcer la résilience et l’agilité des organisations face aux ruptures

Les organisations pourraient intégrer les enseignements de l’intelligence économique dans leurs capacités d’adaptation opérationnelle. Cela suppose d’identifier les dépendances critiques, de diversifier les options disponibles et de prévoir des mécanismes de reconfiguration rapide. La résilience ne devrait plus être pensée comme une simple réaction aux crises, mais comme une capacité proactive d’ajustement face à l’incertitude.

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