L’impact des grands événements sur l’image de la France
MONDES EN TRANSITION

L’impact des grands événements sur l’image de la France

Quand la visibilité mondiale ne garantit plus l’influence

Recommandations

1. Gouvernance et priorisation: renforcer la coordination interministérielle et la cohérence des actions entre acteurs publics, privés et territoriaux

2. Architecture des récits: adapter le récit national aux spécificités linguistiques, culturelles et symboliques des publics

3. Communication partenariale: passer d’une logique de communication descendante à une cocréation de contenus

4. Gestion anticipée des controverses: les cérémonies et campagnes, réels symboles de l’événement, doivent être testées en amont à l’aide d’analyses pluridisciplinaires

5. Veille et réponse en temps réel: déployer des cellules de veille multilingues sur les réseaux sociaux lors de chaque grand événement, capables de détecter et d’analyser les tendances, rumeurs ou campagnes hostiles

6. Présence numérique renforcée: faire du numérique un pilier à part entière de la politique d’influence

7. Mesure de l’influence: définir des indicateurs pour évaluer la performance des outils de soft power

8. Boucle d’amélioration continue: mettre en place un retour d’expérience systématique à l’issue de chaque grand événement

Ce travail a été initié en 2024 avec le cabinet de conseil en stratégie de communication et d’opinion Antidox afin de mener une analyse de sentiment des réactions sur X liées aux grands événements qui ont eu lieu en France entre 2022 et 2024.

La France accueille, depuis plusieurs années, de nombreux grands événements parmi les plus visibles au monde. Jeux Olympiques et Paralympiques, compétitions sportives internationales, grands rendez-vous culturels ou technologiques, ces manifestations placent régulièrement Paris, les villes et les territoires français sous les projecteurs, devant des millions de spectateurs et de visiteurs.

Pour autant, dans un environnement informationnel dominé par les réseaux sociaux, la visibilité ne suffit plus à produire mécaniquement de l’influence. L’image d’un pays ne se décrète pas par l’ampleur d’un événement, mais se construit dans les récits, les émotions et les interprétations qui circulent aujourd’hui en ligne, bien au-delà des intentions des organisateurs.

C’est cette tension entre exposition mondiale et maîtrise de récit qu’analyse le rapport L’impact des grands événements sur l’image de la France, publié par SKEMA Publika.

Une image globalement positive, mais profondément fragmentée

L’analyse des conversations numériques francophones et anglophones autour des grands événements organisés en France révèle un paradoxe central. D’un côté, l’image française demeure largement associée à des marqueurs positifs : excellence organisationnelle, créativité, prestige culturel, capacité à accueillir des événements de très grande ampleur. Ces attributs continuent d’alimenter l’attractivité touristique et symbolique du pays.

De l’autre, cette image apparaît de plus en plus fragmentée. Les perceptions varient fortement selon les publics, les langues et les contextes nationaux. Ce qui est vécu comme un moment de fierté collective dans certaines sphères peut devenir, ailleurs, un objet de controverse, de détournement ou de débat politique. L’événement n’est plus un message univoque, il devient un espace d’interprétations concurrentes.

L’émotion comme moteur et comme limite

Les grands événements produisent avant tout de l’émotion. Joie, admiration, fierté, surprise, ces ressorts émotionnels constituent une force indéniable du soft power français. Ils favorisent l’engagement, la viralité et la mémorisation (impact de long terme).

Mais l’émotion est aussi fragile. Elle peut être rapidement reconfigurée par une polémique, une séquence symbolique ou une prise de parole extérieure à l’événement lui-même. Dans l’espace numérique, l’émotion circule plus vite que le sens, et l’intensité de l’attention ne garantit ni la cohérence du récit, ni sa durabilité.

Ce constat invite à repenser la manière dont les grands événements sont conçus. Ce ne sont non plus seulement des spectacles isolés, mais des moments qui s’intègrent dans une projection d’influence globale.

Un soft power désormais co-produit

Autre enseignement majeur : l’image de la France ne se construit plus uniquement à partir des discours institutionnels. Influenceurs, communautés en ligne media internationaux, marques ou acteurs culturels participent activement à la fabrication des récits.

Ce soft power partagé constitue à la fois une opportunité et une contrainte. Il permet une amplification considérable du rayonnement, mais réduit la capacité à contrôler les cadres d’interprétation. La France apparaît alors moins comme l’auteur exclusif du récit que comme l’hôte d’une scène mondiale où se croisent des intérêts, des valeurs et des imaginaires multiples. En d’autres termes, la France semble être spectatrice et non actrice du récit qu’elle souhaite projeter.

De l’événement au processus : un changement de paradigme

Dans ce contexte, la réussite d’un grand événement ne peut plus être évaluée uniquement à l’aune de sa fréquentation, de son audience ou de son impact immédiat. Elle dépend de sa capacité à s’inscrire dans un processus continu : préparation en amont, anticipation des controverses, articulation avec les territoires valorisation de l’héritage matériel et immatériel.

Les événements qui s’appuient sur la régularité, la continuité et l’ancrage territorial semblent ainsi produire une image plus stable et plus consensuelle. À l’inverse, les rendez-vous exceptionnels concentrent une visibilité intense, mais plus exposée aux relectures symboliques et aux fractures narratives.

Penser les grands événements comme des leviers d’influence durable

Les grands événements demeurent des instruments puissants du rayonnement français. Mais leur efficacité ne réside plus dans la seule capacité à attirer l’attention mondiale. Elle tient désormais à la cohérence du récit proposé, à sa capacité d’adaptation aux publics internationaux et à l’intégration des dynamiques numériques.

C’est précisément ce déplacement, de l’événement comme vitrine à l’événement comme levier stratégique de long terme, que le rapport analyse en détail. Il en tire des enseignements opérationnels pour repenser la gouvernance, la narration et la diplomatie d’influence française à l’ère des réseaux sociaux.

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