Guerre de l’information : la « bataille des récits » suffit-elle à expliquer l’influence numérique ?
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Guerre de l’information : la « bataille des récits » suffit-elle à expliquer l’influence numérique ?

Qu’est-ce que la « bataille des récits » à l’ère du numérique ?

A l’ère du numérique, la bataille des récits réside moins dans l’attention qu’elle porte aux récits que dans le glissement qu’elle autorise entre trois objets différents : l’organisation symbolique de la plausibilité, la réception cognitive et la causalité comportementale. En les confondant, elle risque de transformer une métaphore stratégique en théorie générale de l’influence. En les séparant, elle retrouve sa véritable utilité : décrire les conditions dans lesquelles certaines interprétations deviennent disponibles et résistantes.

Les approches narratives ne sont pas insuffisantes parce qu’elles seraient faibles. Elles le deviennent lorsqu’on leur demande de produire autre chose que ce qu’elles savent établir. Elles reconstruisent les infrastructures symboliques et affectives de la plausibilité ; les méthodes computationnelles en rendent visibles certaines distributions ; l’étude de la réception et des comportements doit encore établir les effets. C’est dans cette articulation, et non dans l’idée d’un affrontement autonome entre récits, que peut se construire une analyse rigoureuse de l’influence numérique.

De la guerre de l’information aux « architectures de plausibilité »

Dans le cadre de la guerre de l’information, les dispositifs de veille restent généralement organisés autour de messages, de comptes, de mots-clés ou de campagnes identifiables. Ils décrivent correctement les objets qui circulent, mais beaucoup moins les structures qui rendent ces objets reconnaissables et plausibles pour certains publics.

Dans, Understanding and Addressing Misinformation About Science, les National Academies américaines soulignent que les conséquences d’une information ne dépendent pas seulement de sa diffusion, mais aussi des publics qu’elle atteint et de son interaction avec des facteurs individuels et structurels préexistants : valeurs, croyances, identités, préférences, confiance et position sociale. Elles distinguent en outre quatre niveaux d’intervention : production, demande, distribution et appropriation. Ils concluent qu’aucun ne peut être considéré isolément comme le point d’action privilégié.

Cette approche conduit à déplacer l’unité d’analyse. Les institutions devraient cartographier non seulement les contenus, mais aussi les oppositions, les rôles, les causalités implicites et les affects qui se maintiennent malgré le renouvellement des messages : vérité cachée contre parole officielle, peuple dépossédé contre élites, menace contre protection, révélation contre dissimulation.

Un contenu peut être supprimé ou réfuté tandis que l’architecture qui lui donnait sa plausibilité demeure disponible. La surveillance devrait donc devenir longitudinale : elle suivrait les périodes de latence, les réactivations, les changements de support et les appropriations contradictoires d’une même structure. L’objet pertinent ne serait plus seulement la campagne visible, mais l’infrastructure interprétative susceptible d’accueillir plusieurs campagnes successives.

Le rôle des plateformes : visibilité, réactivation et mémoire distribuée

Les plateformes numériques ne sont pas de simples canaux qui transportent des contenus déjà constitués. Au contraire, elles organisent la visibilité des récits en sélectionnant, hiérarchisant et recommandant certains formats plutôt que d’autres. Par exemple, les algorithmes, les métriques d’engagement et les formats courts favorisent les contenus reconnaissables, émotionnels et facilement partageables. Ainsi, les réseaux sociaux permettent la réactivation de contenus anciens, qui peuvent ressurgir lorsqu’un événement leur redonne une pertinence. Cette logique crée une mémoire distribuée, composée de fragments, de reprises, de montages, de commentaires et de mèmes. La continuité narrative ne dépend donc plus d’un émetteur unique, mais d’une multitude d’acteurs et de traces. Les réseaux sociaux fonctionnent alors comme des milieux sémiotiques, où les signes circulent, se recombinent et acquièrent de nouveaux sens. Comprendre l’influence numérique suppose donc d’analyser ces environnements techniques, symboliques et affectifs, et non seulement les messages qu’ils diffusent.

La part des affects : pourquoi la cohérence émotionnelle prime sur la cohérence logique

Un récit paraît souvent plausible parce qu’il « sonne juste » pour un public donné. Cette justesse ne signifie pas vérité factuelle. Elle désigne l’accord entre une proposition et une configuration préalable d’expériences, d’attentes et d’affects. Une contradiction locale peut alors être absorbée sans détruire l’ensemble, dès lors que la structure émotionnelle demeure stable. La cohérence affective peut compenser une faible cohérence logique.

Cette propriété est renforcée par la surcharge informationnelle1. Dans des environnements marqués par la vitesse, la concurrence attentionnelle et l’abondance des signaux, les architectures narratives remplissent une fonction de réduction de complexité2. Elles attribuent des rôles, organisent les causalités et hiérarchisent les événements. Elles permettent de conserver une continuité interprétative sans réexaminer chaque information. Cette économie cognitive explique leur persistance, mais elle ne doit pas être immédiatement traduite en persuasion.

Circulation, réception, comportement : trois choses à ne pas confondre

L’analyse des architectures narratives appelle naturellement une étude de leur réception. Une architecture peut organiser la perception d’un événement, fournir un vocabulaire commun ou rendre une interprétation immédiatement disponible. Les publics peuvent néanmoins partager certains cadres symboliques tout en conservant des jugements et des comportements hétérogènes. La participation discursive est généralement moins coûteuse que la mobilisation pratique.

Il faut donc distinguer au moins six états : exposition à un contenu, reconnaissance de sa structure, compréhension, appropriation, adhésion et comportement. Le passage de l’un à l’autre n’est ni automatique ni linéaire. Il dépend des dispositions antérieures, des normes du groupe, de la confiance accordée à la source, des coûts d’action, des opportunités concrètes et des interactions avec d’autres informations. Une même architecture peut produire une adhésion déclarée sans comportement, un comportement circonstanciel sans adhésion durable ou une simple familiarité.

Les recherches sur les effets médiatiques3 ont depuis longtemps montré cette dépendance aux contextes sociaux de réception. Les récits interagissent avec des environnements plus vastes ; ils ne constituent pas des causes isolables au même titre qu’un traitement expérimental simple. Leur rôle peut être celui d’un cadrage, d’une ressource de justification, d’un mécanisme de réduction de complexité ou d’une structure de coordination affective. Ces fonctions ne sont pas équivalentes et n’impliquent pas la même causalité.

Cette distinction empêche de conclure qu’une architecture fortement diffusée serait nécessairement efficace. Inversement, un déplacement comportemental important peut résulter de mécanismes peu visibles : pression normative locale, intérêt matériel, contrainte organisationnelle ou événement déclencheur. La visibilité narrative et l’efficacité pratique peuvent varier indépendamment.

La limite de la « bataille des récits » : de l’image stratégique à l’illusion causale

La notion de « bataille des récits » possède une force intuitive et une réelle utilité stratégique. Elle rappelle que les énoncés ne circulent jamais seuls, que les acteurs cherchent à imposer des cadres de perception et que la maîtrise du sens peut compter autant que la maîtrise des canaux. Elle offre ainsi un langage commun à des praticiens, des analystes et des chercheurs qui observaient auparavant des phénomènes voisins sans toujours pouvoir les relier. Cette fécondité explique légitimement son succès.

Prise au sérieux, cette métaphore invite même à dépasser l’étude de messages isolés. Une bataille ne se réduit pas à la somme des projectiles échangés ; de même, un espace narratif ne se réduit pas à la somme de ses contenus. Il possède une profondeur historique, des positions déjà occupées, des répertoires mobilisables et des publics capables de reconnaître les formes avant d’en examiner les détails. La notion conduit donc naturellement vers l’analyse des architectures de plausibilité défendue dans cette note.

Sa limite apparaît seulement lorsque l’image stratégique devient, presque sans transition, une explication causale. Parler de bataille suggère des ensembles relativement cohérents, des positions identifiables et une issue attribuable. Les environnements numériques sont souvent plus indociles : des fragments contradictoires peuvent servir une même architecture, des continuités peuvent émerger sans direction unique et les publics peuvent reprendre, déplacer ou ironiser les contenus qui leur sont proposés. Ce constat ne réfute pas la métaphore ; il indique simplement le point où elle doit être complétée.

Ce que les décideurs devraient changer

  1. Ne plus qualifier d’« influence » ce qui ne constitue qu’une circulation

Les institutions devraient cesser d’utiliser les volumes de vues, de partages, de commentaires ou de mentions comme des preuves directes d’influence. Ces données mesurent une exposition, une circulation ou une réaction. Elles ne permettent pas, à elles seules, d’établir une modification des croyances, des attitudes ou des comportements.

Cette distinction rejoint directement les conclusions de l’étude de RAND, Countering Violent Extremism in Indonesia, financée par le Global Engagement Center du Département d’État américain. RAND constate que l’évaluation des campagnes en ligne repose encore principalement sur la portée et l’engagement, likes, partages et commentaires, alors que ces indicateurs ne mesurent pas les effets sur les attitudes ou les comportements. Les chercheurs préconisent par conséquent des panels, des mesures avant-après et, lorsque cela est possible, des comparaisons entre groupes exposés et non exposés.

L’Army Science Board adopte une logique comparable lorsque, dans Human Interaction and Behavioral Enhancement, il recommande d’évaluer les opérations informationnelles à partir des changements de comportement en ligne, des réactions de l’adversaire et des effets constatés sur le terrain, et non à partir de la seule diffusion des messages.

Une règle simple devrait donc être appliquée : lorsqu’une étude ne dispose que de traces de plateforme, elle doit parler de visibilité, de circulation ou de réactivité. Le terme d’influence devrait être réservé aux situations dans lesquelles une transformation cognitive, sociale ou comportementale a effectivement été documentée.

2. Remplacer la surveillance des messages par l’analyse des architectures de plausibilité

Les dispositifs de veille restent généralement organisés autour de messages, de comptes, de mots-clés ou de campagnes identifiables. Ils décrivent correctement les objets qui circulent, mais beaucoup moins les structures qui rendent ces objets reconnaissables et plausibles pour certains publics.

Dans, Understanding and Addressing Misinformation About Science, les National Academies américaines soulignent que les conséquences d’une information ne dépendent pas seulement de sa diffusion, mais aussi des publics qu’elle atteint et de son interaction avec des facteurs individuels et structurels préexistants : valeurs, croyances, identités, préférences, confiance et position sociale. Elles distinguent en outre quatre niveaux d’intervention : production, demande, distribution et appropriation. Ils concluent qu’aucun ne peut être considéré isolément comme le point d’action privilégié.

Cette approche conduit à déplacer l’unité d’analyse. Les institutions devraient cartographier non seulement les contenus, mais aussi les oppositions, les rôles, les causalités implicites et les affects qui se maintiennent malgré le renouvellement des messages : vérité cachée contre parole officielle, peuple dépossédé contre élites, menace contre protection, révélation contre dissimulation.

Un contenu peut être supprimé ou réfuté tandis que l’architecture qui lui donnait sa plausibilité demeure disponible. La surveillance devrait donc devenir longitudinale : elle suivrait les périodes de latence, les réactivations, les changements de support et les appropriations contradictoires d’une même structure. L’objet pertinent ne serait plus seulement la campagne visible, mais l’infrastructure interprétative susceptible d’accueillir plusieurs campagnes successives.

3. Ne pas répondre publiquement à un récit sans évaluer le risque de l’amplifier

La réponse institutionnelle ne doit pas être automatique. Désigner publiquement un récit hostile, exposer son origine ou lui opposer immédiatement un démenti peut augmenter sa visibilité, lui conférer une importance qu’il ne possédait pas et renforcer le sentiment de persécution de la communauté qui le diffuse.

Dans Countering Russian Social Media Influence, RAND relève ainsi que l’identification publique d’une source étrangère n’entraîne pas nécessairement une diminution de la consommation, de la diffusion ou de la croyance. Dans certains cas, la dénonciation d’une opération peut même amplifier son message et donner à son auteur le bénéfice stratégique d’apparaître comme particulièrement puissant.

Dans Health Misinformation, le Surgeon General américain recommande également aux professionnels de l’information d’apprendre à corriger les informations trompeuses sans contribuer à leur amplification, de répondre d’abord aux questions réelles des publics et de privilégier les sources crédibles localement.

Avant toute réaction, les décideurs devraient donc comparer au moins quatre options : la réponse publique, la réponse ciblée, l’action indirecte sur l’environnement informationnel et l’absence de réponse. La décision devrait dépendre de la taille réelle du public touché, de son degré d’appropriation du récit, de la possibilité d’une amplification involontaire et de l’existence d’un effet stratégique documenté. Une séquence fortement visible mais enfermée dans une communauté marginale ne justifie pas nécessairement une intervention nationale.

4. Ne plus financer de contre-récit sans agir sur ce qui rend le récit adverse plausible

La production d’un « meilleur récit » ne constitue pas une politique suffisante. Lorsqu’une représentation hostile s’appuie sur une expérience vécue, une contradiction institutionnelle ou une défiance accumulée, la qualité formelle du contre-discours ne corrigera pas les conditions qui lui donnent sa crédibilité.

Les travaux américains sur l’écosystème informationnel déplacent précisément l’effort vers les relations de confiance, les communautés et les institutions. Dans Rebalancing the Information Ecosystem, RAND souligne que la résilience ne consiste pas uniquement à diffuser des informations exactes : elle suppose de restaurer les liens sociaux et institutionnels qui permettent à ces informations d’être reçues.

La doctrine de l’U.S. Army4 formule la même exigence de manière plus opérationnelle : une narration doit être renforcée par des actions cohérentes et les comportements de l’organisation doivent rester alignés avec le message qu’elle porte. Toute stratégie narrative devrait donc commencer par un audit de plausibilité : quelles expériences, pratiques ou contradictions rendent le récit adverse crédible ? La réponse pourrait alors inclure une communication, mais également une modification des pratiques, des preuves vérifiables et le recours à des intermédiaires réellement crédibles auprès du public concerné. Une institution ne peut durablement compenser par le récit ce que son comportement quotidien contribue à confirmer.

5. Soumettre toute opération narrative à une expérimentation contradictoire

Aucune campagne ne devrait être généralisée parce que ses concepteurs la jugent persuasive ou parce qu’elle obtient de bons résultats d’engagement. Elle devrait être testée sur plusieurs catégories de publics et comparée à une situation de référence.

L’expérimentation devrait mesurer séparément la reconnaissance du message, sa compréhension, sa mémorisation, son appropriation, l’évolution des attitudes et les comportements observables. Elle devrait également rechercher les effets indésirables : amplification du récit adverse, renforcement de la polarisation, réactivation d’un motif ancien, perte de confiance ou mobilisation d’un public initialement indifférent.

RAND a précisément employé un protocole contrôlé pour distinguer l’exposition à une campagne de ses effets réels. Ses chercheurs ont réparti les participants entre un groupe exposé au contenu étudié et un groupe témoin, puis mesuré les différences produites. Cette méthode ne résout pas toutes les difficultés de validité écologique, mais elle est beaucoup plus solide qu’une extrapolation fondée sur les performances des plateformes. Le Department of Defense américain inscrit plus largement les opérations dans l’environnement informationnel dans une architecture associant personnels, programmes, gouvernance et partenariats, ce qui confirme qu’elles ne peuvent être réduites à la seule fabrication de messages5.

Les institutions devraient enfin imposer une analyse contradictoire avant le déploiement. Une équipe distincte rechercherait les contre-exemples, les publics non réceptifs, les interprétations ironiques et les causalités alternatives. Cette procédure empêcherait que les analystes sélectionnent les traces qui confirment l’architecture qu’ils ont eux-mêmes reconstruite.

La note est disponible ci-dessous

Qu’est-ce que la guerre de l’information ?

La guerre de l’information désigne l’usage stratégique de l’information pour influencer, déstabiliser ou affaiblir un adversaire. Elle peut passer par la propagande, la désinformation, les cyberattaques, les fuites organisées ou la manipulation des réseaux sociaux.
 
Qu’est-ce que la « bataille des récits » ?

La « bataille des récits » désigne la concurrence entre différentes façons d’interpréter le réel.
Elle ne porte pas seulement sur des messages isolés, mais sur des cadres qui rendent certains contenus plausibles et reconnaissables. Dans l’espace numérique, ils circulent à travers des fragments, des mèmes, des vidéos, des commentaires ou des hashtags.

Quelle différence entre désinformation et influence ?

La désinformation renvoie surtout à la circulation de contenus faux, trompeurs ou manipulés. L’influence est plus large : elle concerne la manière dont des récits rendent certaines interprétations plausibles et disponibles. Une opération d’influence peut donc utiliser de la désinformation, mais ne s’y réduit pas.

Les vues et les partages mesurent-ils l’influence ?

Les vues et les partages ne mesurent pas directement l’influence, mais plutôt la visibilité et la circulation d’un contenu. Ils indiquent qu’un message a été exposé à des publics et réactivé dans différents espaces. Cependant, ils ne disent pas forcément si les opinions, comportements ou décisions ont changé.
 
Comment lutter contre une opération d’influence sans l’amplifier ?

Il s’agit de ne pas répondre publiquement à un récit sans évaluer le risque de l’amplifier. La réponse institutionnelle ne doit pas être automatique. Désigner publiquement un récit hostile, exposer son origine ou lui opposer immédiatement un démenti peut augmenter sa visibilité, lui conférer une importance qu’il ne possédait pas et renforcer le sentiment de persécution de la communauté qui le diffuse. Avant toute réaction, les décideurs devraient donc comparer au moins quatre options : la réponse publique, la réponse ciblée, l’action indirecte sur l’environnement informationnel et l’absence de réponse. La décision devrait dépendre de la taille réelle du public touché, de son degré d’appropriation du récit, de la possibilité d’une amplification involontaire et de l’existence d’un effet stratégique documenté. Une séquence fortement visible mais enfermée dans une communauté marginale ne justifie pas nécessairement une intervention nationale.


  1. Jonathan Crary, 24/7: Late Capitalism and the Ends of Sleep, Londres, Verso, 2013. ↩︎
  2. Yves Citton, Pour une écologie de l’attention, Paris, Éditions du Seuil, 2014 ; Bernard Stiegler, La société automatique, t. 1, Paris, Fayard, 2014. ↩︎
  3. Teun A. van Dijk, News as Discourse, Hillsdale, Lawrence Erlbaum Associates, 1988. ↩︎
  4. Aguilastratt, A. Updike, M. White, M. (2022). The Information Domain and Social Media: Part 2. NCO Journal. https://www.armyupress.army.mil/Journals/NCO-Journal/Archives/2022/January/Social-Media-Part-2/ ↩︎
  5. Department of Defense. (2023). DOD Announces Release of 2023 Strategy for Operations in the Information Environment. https://www.war.gov/News/Releases/Release/Article/3592788/dod-announces-release-of-2023-strategy-for-operations-in-the-information-enviro/ ↩︎