Start-ups et PME sont régulièrement présentées comme les moteurs de la croissance, de l’innovation et de l’emploi. Pourtant, malgré une décennie de politiques de soutien et un écosystème entrepreneurial désormais mature, leur dynamique de croissance semble marquer le pas en France comme en Europe. Ce constat invite à repenser les leviers de l’action publique et les modèles de financement qui leur sont destinés.
Un paradoxe entrepreneurial français et européen
Jamais les start-ups et les PME n’ont bénéficié d’un environnement aussi dense en dispositifs d’accompagnement, en financements et en infrastructures. Incubateurs, fonds d’investissement, aides publiques nationales et européennes, programmes d’innovation, etc. L’écosystème entrepreneurial s’est considérablement étoffé au cours des quinze dernières années.
Ce dynamisme a produit des résultats visibles. La création d’entreprises a fortement progressé, la France s’est imposée comme l’un des écosystèmes les plus attractifs de la zone euro, et l’Europe compte aujourd’hui plusieurs centaines d’entreprises valorisées à plus d’un milliard de dollars. Pourtant, derrière ces succès, un phénomène plus préoccupant se dessine. La croissance des start-ups et des PME tend à ralentir, et leur capacité à changer d’échelle demeure limitée.
Ce paradoxe est au cœur des débats actuels. Comment expliquer que des entreprises reconnues pour leur potentiel innovant peinent encore à transformer l’essai en croissance durable et en compétitivité internationale ?
Le véritable frein : moins l’innovation que l’accès au marché et au financement
Longtemps, l’attention s’est concentrée sur l’offre : stimuler l’innovation, encourager la création d’entreprises, multiplier les dispositifs de soutien à l’amorçage. Aujourd’hui, le principal obstacle s’est déplacé. Les start-ups et les PME ne manquent pas d’idées ni de projets, mais rencontrent des difficultés croissantes pour accéder aux marchés, sécuriser leurs débouchés et financer leur développement dans la durée.
L’accès au financement demeure un enjeu structurant, en particulier pour les entreprises jeunes ou de petite taille. Malgré la progression des levées de fonds et des investissements, nombre de PME restent confrontées à des contraintes de trésorerie et à des conditions de crédit restrictives. Ces tensions limitent leur capacité à investir, à recruter et à innover.
Parallèlement, l’accès au marché apparaît comme un goulot d’étranglement souvent sous-estimé. Sans clients, même les entreprises les plus innovantes ne peuvent croître durablement. Or, pour de nombreuses start-ups et PME, franchir le cap des premiers marchés structurants demeure un défi majeur.
Repenser l’action publique : de la logique d’offre à la logique de demande
Face à ces constats, une inflexion des politiques publiques s’impose. Soutenir la création d’entreprises ne suffit plus, il devient nécessaire d’accompagner leur développement, leur accès aux marchés et leur capacité à investir sur le long terme.
À cet égard, deux leviers apparaissent particulièrement structurants. Le premier est celui de la commande publique. En facilitant l’accès des start-ups et des PME aux marchés publics, l’État et les collectivités peuvent jouer un rôle déterminant dans la sécurisation de débouchés, la montée en charge de l’activité et le passage à l’échelle. Utilisée comme un outil stratégique, la commande publique peut devenir un puissant moteur de croissance.
Le second levier est celui des prêts garantis. En partageant le risque avec les établissements financiers, ces dispositifs permettent de desserrer les contraintes de financement pesant sur les PME et de soutenir l’investissement productif. Loin d’être de simples outils conjoncturels, ils peuvent produire des effets durables sur la croissance, l’emploi et la résilience des entreprises.
Un enjeu stratégique pour la compétitivité de demain
Au-delà des débats techniques, la question de la croissance des start-ups et des PME est fondamentalement stratégique. Elle conditionne la capacité de la France et de l’Europe à innover, à créer des emplois et à préserver leur autonomie économique dans un contexte international marqué par des tensions accrues.
Repenser les leviers de soutien aux entreprises, c’est donc interroger le modèle de croissance que nous souhaitons promouvoir. La commande publique, les prêts garantis et une meilleure lisibilité de l’écosystème entrepreneurial constituent autant de pistes pour répondre à ce défi.